Interview conseiller funéraire


Entretien avec Delphine Moussy , conseiller funéraire et Maître de cérémonie dans la Marne.

 

1. Quelles sont vos principales fonctions ?

Je travaille au sein d’une entreprise de pompes funèbres. Cette entreprise comprend une agence de pompes funèbres, une chambre funéraire et un corbillard. Nous assurons également la vente de fleurs. Il s’agit d’une entreprise familiale ; mon oncle était menuisier et mon père… fleuriste !
J’occupe deux fonctions principales : conseiller funéraire, pour l’accueil et le conseil des familles et maître de cérémonie lors des obsèques. J’assure également le transport de corps.
Notre entreprise est située au cœur d’un petit village de la Marne où la plupart des familles se connaissent. Il m’est arrivé d’aller chercher une personne décédée chez elle, d’assurer le transfert au funérarium, puis au lieu de culte, ainsi qu’au lieu de crémation en tant que maître de cérémonie.
Etre présente d’un bout à l’autre du processus donne aux familles un référent unique et c’est ce qui me plaît!

2. Quelles est votre journée type ?

Je commence par ouvrir mes mails, puis je m’occupe des commandes, des livraisons, des procédures administratives… Je reçois également les clients qui viennent pour des travaux de marbrerie et les familles en deuil que j’accueille dans mon bureau. Mon activité est à la fois autonome et polyvalente. Il faut y ajouter mes activités d’intervenante dans un centre de formation funéraire puisque j’interviens à l’Ecole Nationale des Métiers du Funéraire (ENAMEF), l’école de la Fédération Française des Pompes Funèbres (FFPF) depuis janvier 2016.

3. Avec quels autres corps de métier êtes-vous en contact ?

Principalement les fournisseurs d’articles funéraires, les fabricants de cercueils mais également les thanatopracteurs. J’assiste aux soins et j’échange avec eux. Mon activité recouvre de nombreux domaines mais celui de thanatopracteur est spécifique et demande une formation plutôt longue.

4. Depuis combien de temps exercez-vous ce métier ?

J’exerce depuis un an de façon autonome. Après une séparation, j’ai décidé de suivre une formation obligatoire pour devenir Conseiller funéraire.
J’ai suivi ma formation à l’ENAMEF et c’est avec fierté que j’ai obtenu mon diplôme le 2 mai 2016. La formation a été une réelle révélation pour moi, j’ai vraiment compris que je souhaitais poursuivre dans cette voie.
A l’ENAMEF, la formation a été intense et les intervenants qui sont tous des professionnels sont très passionnés par leur métier. Nous avons eu au moins huit intervenants différents qui viennent tous de régions différentes ce qui permet d’élargir notre vision du métier.
Auparavant, j’avais déjà procédé à des remplacements au sein de l’entreprise familiale. C’est un métier intéressant et très épanouissant.

5. Comment y êtes-vous parvenue ? Quel est votre parcours ?

J’ai une formation dans la communication des entreprises et la publicité. Après un BTS communication et publicité, il aurait été nécessaire d’aller à Paris pour exercer. Mais j’ai choisi de rester et j’ai repris l’une des deux boutiques funéraires que nous possédions et dont le responsable était sur le départ. C’était la boutique de fleurs. Puis sont arrivées les pompes funèbres ! J’y suis arrivée un peu par hasard et c’est après mon divorce que j’ai fait ma formation.
Je suis également partenaire au sein d’une SARL dans les pompes funèbres et la marbrerie.

6. Votre activité ressemble-t-elle à l’idée que vous en aviez au départ ?

Le fait est qu’il s’agit d’une activité familiale. Je n’avais pas d’idée préalable car j’ai toujours vécu avec, notamment lors de nos réunions de famille !

7. Quelles qualités humaines sont nécessaires ?

Ce métier nécessite une empathie certaine. Toutes les personnes de notre village se connaissent et notre entreprise y est installée depuis 40 ans : il n’y a donc pas d’appréhension particulière lorsqu’il s’agit de recevoir les familles. Mais pour exercer ce métier, il faut aimer les gens.
Au départ, j’avais quelques appréhensions à l’idée de voir le corps du défunt ; mais au final on finit par le voir comme une personne. Les sensations liées à ce métier dépendent aussi de la sensibilité de chacun : il faut le vivre ! En ce qui me concerne, je suis très émotive : mais lorsque j’exerce en tant que maître de cérémonie, l’émotion passe au second plan. Il ne s’agit pas de mon deuil mais de celui des familles ! Il faut être présente pour les réconforter.
Il faut également être capable de gérer les imprévus ! J’aime l’adrénaline que procure le stress. Et le fait que ce métier ne soit pas linéaire : chaque famille est différente !

8. Quelle formation est nécessaire pour exercer ce métier ?

Le diplôme de conseiller funéraire comprend 140 heures de formation théorique, un stage en entreprise de 70 heures et un examen écrit et un oral.
J’ai récemment enrichi mes connaissances en suivant une formation de 42 heures en Gestion des entreprises à l’ENAMEF : cette formation me permettra d’avoir le statut de responsable d’agence ou de devenir gérante.

9. Quelles sont les observations que vont remonter les familles vers vous ?

De nombreuses familles sont reconnaissantes : lorsque j’ai été attentive à leurs souhaits (choix de la musique, etc…) ils sont sensibles à mon engagement et me remercient.

10. Comment réagissent les gens lorsqu’ils apprennent votre métier ?

Les réactions sont aléatoires. Certains sont extrêmement surpris, d’autres totalement réfractaires. Ils s’indignent à l’idée que je puisse aller chercher mes enfants à l’école en corbillard juste après une cérémonie ! Il m’arrive pourtant de le faire : pour mes enfants, c’est un métier comme un autre.
Récemment, j’ai engagé un nouveau porteur ; c’est un ancien serveur à qui j’ai fait découvrir le métier ; il veut désormais suivre une formation de porteur car l’activité lui plaît. Ce qui me conforte dans le sentiment que les métiers du funéraire sont à découvrir : ils sont super !